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Vers, cola, éléments métriques, période

lundi 7 avril 2008, par Philippe Brunet

Rappel de quelques fondements de la métrique.

Dans la strophe

Ce qu’on appelle communément le vers grec recoupe plusieurs réalités que recouvrent plusieurs noms en fait.

Les côla, ou membres, sont ces morceaux de vers que les éditeurs antiques ont isolés dans leur présentation des vers lyriques, de longueur inégale. Ces côla apparaissent là où il y a des césures. Comme ces césures ne sont pas généralisées d’une strophe à l’autre, les côla sont parfois de longueur inégale. Commodes pour présenter le texte, ils n’ont aucune valeur rythmique ou métrique.

On parle aussi de côla pour désigner les parties d’un hexamètre dactylique, ou désigner les membres d’une période oratoire.

Ils ne correspondent pas toujours aux éléments métriques que les modernes analysent dans la période, et qui le plus souvent sont liés les uns aux autres par la synaphie syllabique.

Ces éléments métriques soudés par la synaphie syllabique forment un ensemble plus grand que l’on appelle période.

La période se termine obligatoirement par une fin de mot suivie d’une pause, et on y rencontre souvent une catalexe (c’est-à-dire une contraction du pied ou du mètre final), un hiatus ou une brève en place de longue (brevis in longo), mais jamais de manière obligatoire. Un changement rythmique peut se produire entre deux périodes.

La période est constituée d’un élément métrique au moins.

On le voit, le terme de vers n’a pas de place dans cette terminologie, sauf à le prendre comme synonyme de la période. On parle parfois de vers-période.

Toutefois, il existe des éléments métriques autonomes, non reliés par la synaphie syllabique, mais par une synaphie prosodique. Il en va ainsi des éléments dactyliques acatalectes. Jean Irigoin a proposé d’appeler ces éléments des "vers". Ils se terminent par une diérèse, mais n’admettent pas de pause.

La distinction en côlon, vers et période n’est donc pas toujours absolue. Un côlon indépendant peut à lui seul constituer une période.

C’est sans doute pour cette raison que dans son analyse des constituants de la strophe, Jean Irigoin, après avoir tout tenté du point de vue du vers, ou du côlon, et de ses frontières, a cherché à dégager des équilibres numériques à l’intérieur de la strophe, comme en témoignent notamment les analyses contenues dans son édition de Bacchylide.

Une strophe est une unité métrique récurrente qui se compose d’une ou plusieurs périodes. Un stique est une unité métrique récurrente comprenant une seule période.

Dans le stique

A l’intérieur d’un stique, comme l’hexamètre, cette côlométrie s’applique également. Mais l’analyse est le plus souvent faite au nom de la stylistique.
Les critères métriques ne sont pas forcément syntaxiques.
La syntaxe permet de dégager des côla par groupes de mots, indépendamment des problèmes de synaphie.
Dans l’analyse de l’hexamètre, les stylisticiens ne voient pas la même chose que les métriciens. Les rythmiciens tentent d’articuler ces deux aspects que sont le langage et la forme.

Ph. Brunet

Messages

  • Très intéressant le petit résumé, mais donne aussi beaucoup de suggestions. Et je voudrais réfléchir maintenant sur les cola pas stylistiques, mais métriques…

    Mais qu’est-ce qu’on doit entendre pour césures qui définissent les cola et surtout des cola qui n’ont aucune valeur rythmique ou métrique ? Peut-être, si je ne me rappelle pas mal, les césures qui ont été remarquées et étudiées par le regretté J. Irigoin déjà dans les importantes Recherches sur les mètres de la lyrique chorale grecque : la structure du vers et après dans les fondamentaux Scholies métriques de Pindare.

    Mais, je me demande encore pourquoi – par exemple – Aristophane de Byzance aurait-il du définir les cola des Olympiques de Pindare, sans les définir aussi avec une valeur rythmique ou métrique ?

    N’aurait-il pas été peu économique ?

    Peut-être, on peut mieux penser qu’Aristophane a défini les cola avec une valeur rythmique ou métrique pas correcte. Mais alors Aristophane n’a pas travaillé autrement qu’un Turyn ou un autre moderne métricien ! Il cherchait de toute façon les cola en tant que éléments métriques de la période ou du vers…

    C’est vrai ! Les cola, qui sont plus petits que la période ou le vers, sont plus commodes pour mettre en page un texte. Mais ils ne restent pas toujours pas trop esthétiques sur la page. Et plutôt…n’aurait-il pas été vraiment commode faire des colonnes de texte toutes égales, en mettant de côté la valeur du vers, comme il arrive – par exemple - dans le codex Vat. gr. 915 de Pindare, qui est parfait pour les alignements du texte et très efficace pour l’économie de place sur la page ?

    • Un début de réponse, peut-être : les grammairiens alexandrins, à qui nous devons beaucoup, n’étaient pas forcément dans le secret des poètes-musiciens tels que Pindare et les autres. Sur ce point, les Modernes ont les mêmes difficultés que les Alexandrins...

      La tentative qui consiste à analyser des éléments courts se heurte évidemment à la synaphie syllabique. La césure ne fait que souligner, en amont ou en aval, le point de suture des éléments. Mais ce principe de synaphie n’est pas absolu, et la diérèse joue son rôle dans certains types de mètre, ou à certaines places de la période.

      En tout cas, les frontières des éléments étant sujettes à discussion, prétendre les imposer dans la présentation du texte est bien entendu une gageure.
      De plus, la rigueur des Alexandrins est flottante dans la responsio, comme le montre le papyrus de Bacchylide, dont Snell et Maehler ont maintenu la colométrie parfois erronée.

      Réévaluer la colométrie alexandrine permet de faire l’économie de la critique moderne : mais j’ai l’impression qu’on y gagne plus dans la connaissance des Alexandrins que dans la connaissance des poètes édités par ces derniers.

      Veut-on éditer un moment de l’histoire du texte, ou refaire véritablement une édition, c’est peut-être ce qui sépare les deux regards jetés par les modernes sur la colométrie alexandrine.

      Philippe Brunet

    • Les grammairiens alexandrins – c’est vrai ! - n’étaient pas forcément dans le secret des poètes musiciens tels que Pindare et les autres.

      Mais ils connaissaient la métrique.
      Ils pouvaient encore avoir à disposition la musique et, au moins, ils étaient encore en gré de la comprendre : autrement pourquoi – par exemple – Apollonius Eidographos peut ranger les odes de Pindare en eidh ? pourquoi nous avons un papyrus du III-II s. a. C. avec les notes de musique (le papyrus de l’Oreste d’Euripide) ? pourquoi Denys d’Halicarnasse peut citer le chœur de l’Oreste et faire des remarques sur le rapport entre la mélodie et les paroles ?
      Enfin, ils étaient plus proches que nous aux anciens poètes et eux-mêmes étaient grecs.

      Évidemment, alors, la question est un peu différente.

      Il faut se demander si et pourquoi et dans quelle manière la technique de Pindare pourrait être différent de celle que les Alexandrins analysent et cherchent à mettre en lumière avec les cola. Et si on croit que la technique de Pindare est très différente, alors il faut, au moins, se demander si on peut la récupérer par l’intermédiaire des Alexandrins mêmes.

      Il est inutile ajouter que, alors, la question devient aussi si les cola ont été inventés par Aristophane de Byzance ou s’il a travaillé (au moins en hypothèse) sur textes déjà “colisés”. Mais à cet égard on doit au moins rappeler que les épigraphes et les papyrus, aussi avant Aristophane, témoignent – dans une protohistoire du livre (et du livre volumen) - les mêmes signes qu’on retrouve pour la mise en page métrique (les dicola, les vacat ou blanc, les paragraphoietc.).

      Il semble que Snell-Maehler ont maintenu la colométrie parfois erronée. Mais dans la transmission de la colométrie peuvent naître des erreurs et il faut les corriger et aussi Snell-Maehler ont beaucoup corrigé. Les erreurs qu’ils ont maintenu sont erreurs qui – peut-être – ne sont pas erreurs et en effet aussi Snell-Maehler ne les appellent pas « erreurs », mais ils registrent simplement qu’il y a ces flottements, sans les corriger, et ne se prononcent pas contre.

      Et si je ne me trompe pas, la question des cola de Bacchylide concerne le flottement seulement d’une syllabe et il existe aussi la responsio libera, pourquoi il y a toujours la musique qui peut compenser les choses.

      Cordialement

      Saulo Delle Donne

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