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Parcours 6 : codage de la tonotopie

vendredi 17 octobre 2008, par Emmanuel Lascoux

1) L’ensemble des figures mélo-rythmiques fondamentales, opératoires dans l’hexamètre dactylique et le vers récité en général, étant maintenant connu, il peut être utile d’en proposer un codage général, qui permette, au même titre que le codage métrique traditionnel, de visualiser rapidement le profil intonatif d’un vers ou d’une séquence, et d’en mieux étudier les effets.

2) Principes du codage

Seront désignés :

- par un numéro de 1 à 6 : la Thesis de référence choisie dans la localisation du ton

- par une première lettre : la catégorie générale de la figure
ex : I = intensio, R = retensio, P = protensio

- par une seconde lettre : le genre de figure particulier dans sa catégorie
ex : IA = intensio ascendante, RB = retensio brève

- par l’emploi de la majuscule pour la première lettre : le ton aigu, qu’il soit représenté graphiquement par l’oxyton, ou le périspomène (accent aigu, accent circonflexe)
ex : RL = retensio (aiguë) longue

- par l’emploi de la minuscule pour la première lettre : le ton moyen, représenté graphiquement par le baryton (accent grave) [1]
ex : pL = protensio (grave) longue

3) table complète du codage tonotopique :

INTENSIO : 3 figures

I = intensio simple (i si baryton).

ex : Μῆνιν = I1 dans
Μῆνιν ἄειδε θεά, Πηληϊάδεω Ἀχιλῆος

IA = intensio ascendante (iA si baryton)

ex : θεά = IA3 dans
Μῆνιν ἄειδε θεά, Πηληϊάδεω Ἀχιλῆος

IB = intensio brève (iB si baryton)

ex : τίς = IB1 dans
τίς τ᾽ ἄρ σφωε θεν ἔριδι ξυνέηκε μάχεσθαι ;

RETENSIO : 5 figures

R = retensio simple (r si baryton)

ex : ἄειδε = R2 dans
Μῆνιν ἄειδε θεά, Πηληϊάδεω Ἀχιλῆος

RL = retensio longue (rL si baryton)

ex : ἔπεσιν = RL4 dans
μέν μοι πρόφρων ἔπεσιν καὶ χερσὶν ἀρήξειν·

RA = retensio ascendante (rA si baryton)

ex : ἤγερθεν = RA3 dans
οἳ δ᾽ ἐπεὶ οὖν ἤγερθεν ὁμηγερέες τε γένοντο

RD = retensio descendante (rD si baryton)

ex : ζῶντος = RD3 dans
οὔ τις ἐμεῦ ζῶντος καὶ ἐπὶ χθονὶ δερκομένοιο

RB = retensio brève (rB si baryton)

ex :δέξασθαι = RB3 dans
οὐκ ἔθελον δέξασθαι, ἐπεὶ πολὺ βούλομαι αὐτὴν

PROTENSIO : 5 figures

P = protensio simple (p si baryton)

ex : μυρί᾽ = P3 dans
οὐλομένην, ἣ μυρί᾽ Ἀχαιοῖς ἄλγε᾽ ἔθηκε

PL = protensio longue (pL si baryton)

ex : οὐλομένην = PL1 dans
οὐλομένην, ἣ μυρί᾽ Ἀχαιοῖς ἄλγε᾽ ἔθηκε

PA = protensio ascendante (pA si baryton)

ex : βουλή = PA6 dans
οἰωνοῖσί τε πᾶσι, Διὸς δ᾽ ἐτελείετο βουλή

PD = protensio descendante (pD si baryton)

ex : λαῶν = PD6 dans
Ἀτρεΐδα δὲ μάλιστα δύω, κοσμήτορε λαῶν·

PB = protensio brève (pB si baryton)

ex : ἐκπάγλως = PB4 dans
φηρσὶν ὀρεσκώιοισι καὶ ἐκπάγλως ἀπόλεσσαν.

3) Codage et choix du phrasé :

comme nous l’avons vu en parcours 5, le choix de lire en retensio ou en protensio dépend de nombreux facteurs, dont la nature du ton (accent premier, accent d’enclise,etc.), le rythme intrinsèque du mot, sa place dans le syntagme dont il est membre, la position du mot et du syntagme dans le vers, etc. Mais le facteur primordial reste, en regard de ces raisons, le parti-pris de diction et d’interprétation.

Pour indiquer les deux lectures possibles sans sacrifier le choix d’interprétation, nous donnerons systématiquement les deux phrasés, en commençant par le préféré, suivi entre parenthèse de l’autre phrasé possible mais jugé moins pertinent.

ex : ἐκπάγλως = RB5(PB4) dans
φηρσὶν ὀρεσκώιοισι καὶ ἐκπάγλως ἀπόλεσσαν.

4) Voici donc, à titre d’exemple, le codage complet des sept vers du Prologue de l’Iliade :

- Μῆνιν ἄειδε θεά, Πηληϊάδεω Ἀχιλῆος
=

I1 R2(PL1) IA3 R5(PL4) I6

- οὐλομένην, ἣ μυρί᾽ Ἀχαιοῖς ἄλγε᾽ ἔθηκε =

PL1(R2) rA3(pA2) P3(RL4) PD4(RD5) IA5 R6(PL5)

- πολλὰς δ᾽ ἰφθίμους ψυχὰς Ἄϊδι προΐαψεν =

pA1(rA2) PA2(RA3) iA4 RL5(P4) R6(PL5)

- ρώων, αὐτοὺς δὲ ἑλώρια τεῦχε κύνεσσιν =

PA1(RA2) iA3 p3(pL4) IA4 I5 R6(PL5)

- οἰωνοῖσί τε πᾶσι, Διὸς δ᾽ ἐτελείετο βουλή =

I2 P2(RL3) I3 iB4 IA5 PA6

- ἐξ οὗ δὴ τὰ πρῶτα διαστήτην ἐρίσαντε =

PD1(RD2) iA2 rB3(pB2) I3 RA5(PA4) R6(PL5)

- Ἀτρεΐδης τε ἄναξ ἀνδρῶν καὶ δῖος Ἀχιλλεύς =

R2(PL1) R3(PL2) I4 I5 PA6


[1dans la vieille et délicate question de la réalité phonétique de l’accent grave ou baryton, nous prendrons le parti le plus récent, et le plus documenté, celui d’A.Devine et L.Stephens, qui considèrent la barytonèse comme un abaissement de la hauteur de l’oxyton dans la chaîne phonétique, et non comme la disparition pure et simple du ton. Pour la question des accents purement graphiques, fruit de l’évolution des pratiques manuscrites, voir les traités d’accentuation grecque. Mais il est clair que la tonotopie peut aider à justifier la réalité sonore d’un ton, quand elle l’associe à un effet sonore saillant. Enfin, il n’est pas dit qu’à l’époque homérique, certains tons par la suite purement graphiques comme par exemple ceux des prépositions n’aient pas eu leur valeur sonore identifiable. D’où, là encore, le respect prudent de la tradition graphique la mieux représentée, plutôt que la suppression hasardeuse.

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