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L’art académique : une imposture ?

dimanche 7 décembre 2008, par Philippe Brunet

Quelques suggestions aux aèdes-philologues

Plusieurs expériences artistiques sont nées ces dernières années sur fond de philologie. Les écueils principaux rencontrés par ces expériences viennent de l’illusion que cet art serait d’autant plus légitime que l’autorité scientifique serait plus grande. Or, que ce soit dans les domaines de la restitution du grec ou du latin, du théâtre, de la musique grecque, il va de soi que la posture du savant est rarement une caution pour la teneur de l’art ainsi produit.

Naturellement, l’ignorance n’est pas non plus une caution, ni un parti-pris souhaitable. L’abandon de toute philologie par les contemporains ne saurait être un gage de modernité. Là aussi, la posture institutionnelle, ou anti-institutionnelle, offre bien des avantages, et notamment celui de s’épargner tout travail.

Mais enfin, je vois de plus en plus de philologues se tourner vers cette restitution, et je m’en réjouis. Dans le même temps, je les préviens contre le risque du dogmatisme - cette autorité assumée par certains savants, cette arrogance dans la certitude - à rebours de toute philologie...

Nous sommes heureux de profiter de l’expérience de Stephen Daitz dans la restitution du grec ancien, d’entendre les essais d’Annie Bélis dans l’interprétation des partitions anciennes. Mais méfions-nous de nos certitudes.

Variation, relativisme peuvent nous épargner l’écueil du dogmatisme ridicule. L’idéal d’abstraction prôné par les philologues n’est qu’une illusion. Le théâtre nous apprend à penser la restitution dans un cadre, dans une interprétation.

Mes lectures du grec sont empreintes de moi, ma restitution est subjective, même si je m’appuie sur toute ma recherche et sur celle de mes prédécesseurs. Celles d’Emmanuel Lascoux le sont aussi : elles donnent à voir Homère autant que le geste de l’aède. Ce serait aussi une tâche salutaire que de décrire, d’analyser ce qui relève du geste personnel, ce que le geste personnel permet d’atteindre etc.

Mes mises en scène avec la troupe Démodocos, qui visent à valoriser l’avènement de la langue grecque et à travailler sur les relais de cette parole en français sont ma manière personnelle de construire un rapport à la mémoire et à aujourd’hui.

La musique que François Cam a composée pour Démodocos est complètement subjective, même si elle respecte un cadre harmonique. L’Hymne de Delphes restitué dans ses lacunes par Jean-Baptiste Apéré, servait à déplacer l’autorité consacrée des compléments proposés par les musicologues.

Dans une large mesure, la pratique sert justement à cela : à déplacer les a priori de la théorie.

Le plus grand profit que Démodocos, ou ici Homéros, pourrait apporter dans les différents secteurs - restitution-mimesis phonétique, musicale, scénographique, dramaturgique, gestuelle etc.- pourrait bien être de fournir un cadre interprétatif, une marge ouverte à l’apprentissage et à la variation. L’art antique est à soi-même son école. Homéros fournit à cette école séminaire, atelier, et laboratoire. Mais entre le labo et la scène, il reste une marge.

Philippe Brunet

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