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Agamemnon et Achille dans l’hexamètre

samedi 13 décembre 2008, par Philippe Brunet

Prolégomènes à une Iliade en français

Depuis que j’ai commencé et fini la traduction de l’Iliade (à paraître au Seuil), on m’a souvent demandé comment les noms propres pouvaient entrer dans l’hexamètre reconstitué en français.

Voici quelques exemples où l’on voit ce que l’on a parfois appelé, pas très joliment, le "formulaire" homérique, dans sa transposition française.

Le nom d’Agamemnon, fils d’Atrée, change selon sa place dans le vers et sa fonction dans la phrase, et de même, son épithète éventuelle change selon le contexte et le sens, constituant ainsi des éléments récurrents :

Agamemnon, le souverain maître, lui dit en réponse...

Agamemnon survint en dernier, le maître des hommes...

Agamemnon, glorieux Atride, maître du peuple...

Du coutelas qu’empoigna sa puissante main, l’Atréide...

Ils déposèrent les dons au milieu de la place, et l’Atride...

Le nom d’Achille, fils de Pélée, change également d’extension et de place :

Et le divin Achille longea la rive marine...

S’emportant, il dit, Achille guerrier pieds-rapides...

Le Péléide n’est plus du tout un souci pour ton âme ?...

Fils de Pélée, Achille, premier de la foule achéenne...

pour, de ma barque, emporter les cadeaux, qu’au Péléïade...

Rejoignez la baraque du Péléiade Achille...

La traduction crée son système de noms, d’épithètes, en multipliant les transcriptions (Atride, Atréide ou fils d’Atrée, Péléide, fils de Pélée, Péléiade, Péléïade ou même Péléion), et joue sur la synonymie à la recherche d’expressions stylisées : nefs, navires, barques, bateaux, embarcations, vaisseaux, esquifs alternent selon le contexte. Il en va ainsi pour tous les noms qui accèdent à la dignité stylistique du nom propre. Homère emploie indifféremment, pour désigner l’armée conduite par Agamemnon, Achéens, Danaens, Argiens, selon le jeu du mètre ; la traduction utilise parfois en fin de vers le latinisme Argives (et parfois aussi l’adjectif "iliaque" pour troyen), et des périphrases telles que "la foule achéenne", "les troupes argiennes", "l’armée danaenne".

Lorsque les formulations « traditionnelles » rentrent à peu près dans le vers, elles peuvent être maintenues : « Achille aux pieds rapides », mais on préfèrera, en fin de vers, avec un rythme ternaire, "Achille guerrier pieds-rapides".

Quelques composés nominaux sont tentés, pour mimer cet aspect si caractéristique de la poésie d’Homère. Ainsi, pour Apollon, on trouvera les épithètes « aux puissantes flèches, tire-au-loin, l’Archer, dieu à l’arc d’argent, lance-flèches, arc-argent, dieu des cibles lointaines, épée-d’or etc. ».

Voici quelques-uns des principaux composés : ronge-l’âme, joues-vermeilles, tremble-terre, boucles-belles, couronne-splendide, brise-villes, porte-sceptre, ronge-peuple, garde-justice, etc. La procédure de composition nominale suit parfois le fonctionnement le plus familier de la langue (verbe + objet), parfois bouscule les habitudes. En présence de ces composés artificiels, certains adjectifs se laissent à nouveau lire comme des composés : « homicide », « magnanime ». On ne renonce pas pour autant au tour périphrastique, souvent désuet : le « Cronide aux ruses retorses », tour à comparer avec le « fils de Cronos ruses-torses ».

Ph. B.

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