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Pied à pied

Métrique et danse : les anapestes

vendredi 24 juin 2011, par Philippe Brunet

Les pieds du danseur sont-ils les mêmes que les pieds du métricien ? Examen des anapestes.

Longtemps les recherches sur la métrique se sont contentées de tourner entre spécialistes : linguistes, phonéticiens, métriciens proprement dits, rythmiciens, spécialistes de la poésie en général. Les résultats de ces investigations concernent la segmentation des vers ou des strophes, la valeur rythmique des éléments, l’éventuelle valeur rythmique des césures. Or, dans certains cas, il est certain que cette littérature poétique ne s’est pas contentée d’être littéraire, mais s’est développée dans la performance orchestique.

Le vocabulaire de la métrique porte en effet en lui la trace de son origine dansée : pieds (pous), lever (arsis), posé (thesis), mouvement (agôgè) etc. Tout le vocabulaire esthétique de la forme : symmétrie, figure (skhêma), concerne aussi bien la musique, le rythme, la phrase, que la danse.

Lorsqu’un acteur est censé marcher au rythme des anapestes (u u - u u -), est-il concevable qu’il pose les pieds à côté des temps forts ?

De même, lorsqu’un joueur de phorminx, lyre ou cithare frappe de son plectre les cordes de son instrument, est-il concevable qu’il omette de frapper les temps forts de son hexamètre ?

C’est le premier point. Dans ces deux mètres fondamentaux, anapestes ou dactyles, le rythme est de genre égal. Le temps fort égale en durée le temps faible. Dans les anapestes, on commence au temps faible par l’arsis (le lever), on continue au temps fort par la thesis (le posé). On fait le contraire dans les dactyles.

La grande difficulté vient du fait que thesis et arsis ont une valeur rythmique, mais que du point de vue de la danse, on peut frapper un temps fort (posé de la thesis) et se retrouver le pied en l’air, et au contraire, on peut poser un pied au temps faible (lever de l’arsis). D’où sans doute la grande confusion qui règne dans ce domaine chez les rythmiciens antiques et modernes.

Je propose de considérer que dans les anapestes, le même pied (D ou G) frappe la partie faible de l’anapeste puis se pose (D ou G) sur le temps fort. L’autre pied exécute l’anapeste suivant.

On a donc le schéma suivant : D D G G etc.

Voici que s’approche le roi du pays

Dans les dactyles, s’il doit y avoir accompagnement du pas, il convient de poser le pied sur la première longue au temps fort, puis de changer de pied pour se retrouver dans le même enchaînement que dans les anapestes.

Ce principe a été mis au point dans les spectacles où j’ai joué en tant qu’acteur ou que j’ai dirigés en tant que metteur en scène avec la compagnie Démodocos : Antigone de Sophocle, Orestie d’Eschyle principalement (2006-2011).

La parenté rythmique de ce pas dans la tragédie grecque et dans le théâtre nô a été exposée dans l’article L’acteur qui marche : une passerelle entre la tragédie grecque et le nô (Arts du spectacles. Identités métisses, textes réunis par F. Quillet), L’Harmattan 2011.

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