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D’un pied sur l’autre : la base de l’iambe

la cellule fondamentale

samedi 11 mai 2013, par Philippe Brunet

L’iambe est un pied composé d’une brève (u) et d’une longue (-). Il appartient au genre rythmique double (genos diplasion).

Dans la poésie grecque, ce pied est le plus souvent un élément constituant de groupes de deux pieds (dipodies), ou de trois pieds (tripodies). C’est ce qu’expliquent très bien les métriciens.

La dipodie iambique, ou mètre iambique, possède six temps ( u – u – ), ou sept temps ( – – u – ). Ici, les métriciens laissent la place aux rythmiciens. Cette différence est très importante. Elle crée un flou dans le rendu de cette cellule. Elle explique l’idée d’Aristote selon laquelle l’iambe est le rythme le plus proche de la parole naturelle.

L’iambe est la base (au sens propre de basis, la marche, le pas) du texte théâtral.

Ce rythme fondamental repose sur une alternance du pied droit et du pied gauche, ainsi que je l’ai développé au colloque Moisa de Lecce d’octobre 2010, et mis en place dans les mises en scène des spectacles de la compagnie Démodocos à partir de 2010.

ialtos ek domôn ebân khoan propom(pos) etc...

u – u – u – u – u – u – (u... etc)

d G g D d G g D d G g D (d etc.)

Ce début de l’entrée des Choéphores (parodos) s’opère sur un rythme à six temps. L’alternance pied droit posé d, pied gauche G frappé-levé, pied gauche posé g, pied droit frappé-levé D etc. s’opère de manière régulière si l’on s’en tient pour l’instant à cette cellule régulière.
Ici, le métricien et le rythmicien laissent la place à l’acteur-danseur. L’acteur rend au texte théâtral quelque chose d’essentiel : sa vie, son mouvement.

La scène devient une sorte de laboratoire d’expérimentation physique des phénomènes que laissaient dans l’ombre les analyses métriques. Cette mise en place s’est faite trop tard pour que je puisse la présenter à mon regretté maître de métrique Jean Irigoin qui était très attentif aux possibilités d’analyse chorégraphique révélées par la métrique.

Si l’on accepte cette équivalence entre cellule métrique et alternance des pieds droit et gauche, au principe de toute la danse grecque, il devient possible alors de trouver un système de pas identifiable pour tous les textes métriques de la poésie lyrique (dite aussi "mélique"), mais aussi une possible actualisation du rythme iambique des vers du dialogue dramatique (trochées, iambes) dans la gestuelle et le jeu corporel de l’acteur.

Plus de détail dans l’article "Pour une chorégraphie des mètres grecs", paru dans Poesie, musica e agoni nelle Grecia antica, Poetry, music and contests in ancient Greece, Atti dell IV convegno internazionale di MOISA, Lecce 28-30 octobre 2010, a cura di D. Castaldo, F. G. Giannachi, A. Manieri.